Témoignage de Sophie

Premier témoin de la série « Elles assurent », Sophie Ramier* revient sur son parcours professionnel très riche, et la question essentielle du statut dans l’entreprise…

Vous avez démarré dans le secteur du BTP en travaillant dans la société de votre mari, dont vous étiez associée… Quelles leçons en tirez-vous ?

"Quand les deniers communs du couple ont constitué le capital de l’entreprise de son mari, il faut faire très attention : j’ai vu certaines femmes dans des situations dramatiques quand le couple s’est séparé. Sans revenus, solidaire des dettes parce qu’elles étaient mariées sans contrat de mariage (communauté de biens)… Il faut être très vigilante !"

"Moi, j’étais associée minoritaire et j’avais choisi le statut de salariée, pensant que c’était le plus protecteur… Malheureusement, quand nous avons divorcé, j’ai constaté que ce n’était pas si simple : comme j’avais une procuration sur les comptes courants de l’entreprise, j’ai été assimilée à un gérant de fait. Du coup, impossible de percevoir une indemnité chômage, même si j’étais salariée… Et pour couronner le tout, comme j’étais mariée en séparation de biens, je n’ai rien touché non plus quand mon mari a vendu son entreprise, après notre divorce ! En gros, j’ai participé pendant des années au développement de son entreprise, et tout s’est arrêté du jour au lendemain."

Vous vous êtes ensuite lancée vous-même, en créant votre propre activité ?

"J’ai constitué une SARL, dont j’étais gérante majoritaire. J’avais presque 50 ans, c’était un sacré pari ! J’ai emprunté de l’argent, beaucoup travaillé sur mon business plan… J’ai adoré mener ma propre barque ! Je me suis battue, les affaires ne marchaient pas trop mal mais j’ai quand même essentiellement vécu sur mon épargne personnelle…Mais, malheureusement, je me suis lancée juste avant la crise… Je m’étais donnée trois ans pour réaliser mes objectifs. Au bout de ce délai, les investissements nécessaires pour poursuivre l’activité me semblaient trop risqués vu le contexte, et j’ai arrêté mon activité. Cette décision était douloureuse à prendre, mais je ne la regrette pas."

"Mais, là aussi, ça a été compliqué : comme j’étais gérante, je n’avais pas droit au chômage. J’ai essayé de contacter le RSI (Régime Social des Indépendants) pour trouver des solutions, on m’a conseillé de demander le RSA (Régime de Solidarité Active) mais je n’ai jamais eu de réponse à mon dossier… Donc, le temps de me retourner, j’ai de nouveau vécu sur mes économies, qui avaient déjà bien fondu…"

"Si c’était à refaire, je me renseignerais davantage sur les différents statuts et leurs conséquences au moment de créer l’entreprise, même si, à ce moment-là, ça ne semble pas vraiment être la priorité. C’est dur d’être bien informée, mais il faut vraiment batailler pour récupérer des informations."

Depuis, vous avez retrouvé un emploi salarié dans un grand groupe de BTP…

"Je suis redevenue salariée depuis 18 mois ! C’est évidemment beaucoup plus confortable, plus sécurisant : je cotise au régime général, j’ai une mutuelle par mon entreprise, je suis forcément dans une situation moins périlleuse… sans compter la tranquillité d’esprit : si j’ai un problème, j’en parle à mon chef ! Mais d’un point de vue personnel, l’épanouissement n’est pas du tout le même. Quand j’étais à mon compte, j’avais beaucoup de stress, mais il me semblait moins compliqué à gérer. Et c’était plus facile de m’organiser pour concilier ma vie personnelle avec ma vie privée…"

*Pour des raisons de confidentialité, les noms et prénom de la personne interviewée ont été modifiés.

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